Des scientifiques testant une nouvelle technologie de balayage découvrent une structure mystérieuse sous une ancienne ville égyptienne
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte inattendue dans le delta du Nil

Des archéologues travaillant dans le delta du Nil, en Égypte, ont mis au jour ce qui pourrait être une tombe ou un temple datant d’environ 2 600 ans. Cette trouvaille s’est produite lors de la phase de test d’une nouvelle technologie conçue spécifiquement pour localiser des structures enfouies profondément sous la surface terrestre.
L’équipe concentrait ses recherches sur le site de Bouto, également connu sous le nom de Tell el-Fara’in. Cet emplacement abrite les ruines d’une ville antique ayant connu une occupation continue sur une période vertigineuse. Les premières traces remontent à la période prédynastique, soit environ 3 800 avant notre ère, pour s’étendre jusqu’au début de l’ère islamique au 7e siècle de notre ère.
La découverte de cet édifice offre un nouveau regard sur cette cité millénaire. Les chercheurs déploient désormais des moyens inédits pour sonder le sous-sol sans avoir à remuer immédiatement la terre, marquant un tournant dans l’exploration de la région.
Le défi des couches de boue millénaires

Tout au long de sa vaste histoire, la cité de Bouto a été construite, détruite, puis rebâtie à maintes reprises. Cette succession de cycles a engendré la formation de multiples couches stratigraphiques, chacune constituant potentiellement une source riche en vestiges archéologiques d’époques différentes.
Les secteurs les plus anciens de la ville se retrouvent aujourd’hui emprisonnés sous des ruines plus récentes et sous d’épaisses couches de dépôts de boue. Ces conditions géologiques transforment les méthodes d’excavation traditionnelles en une entreprise particulièrement ardue, chronophage et coûteuse pour les équipes sur le terrain.
Pour atteindre les niveaux inférieurs, les archéologues se voient contraints de déplacer des tonnes de débris ou de lutter contre les infiltrations d’eaux souterraines. L’introduction de nouvelles technologies devient alors un atout majeur pour les guider avec précision vers les zones exactes où ils doivent creuser.
Un scanner médical appliqué au sous-sol terrestre

Pour surmonter ces obstacles géologiques, les chercheurs ont mis à l’essai une approche multidimensionnelle impliquant le radar à synthèse d’ouverture (SAR) par satellite et la tomographie de résistivité électrique (ERT). L’équipe a documenté cette méthodologie dans un article publié au sein de la revue scientifique Acta Geophysica.
Les opérations ont débuté avec l’utilisation du satellite radar Sentinel-1, dont la mission consistait à identifier des anomalies à grande échelle directement depuis l’espace. Lorsqu’une zone d’intérêt était détectée par le satellite, les scientifiques prenaient le relais sur le terrain en déployant la technologie ERT.
Ce dispositif envoie des courants électriques entre une série d’électrodes minutieusement placées dans le sol. Il crée ensuite un modèle 3D des structures souterraines en se basant sur la manière dont les différents matériaux conduisent ou résistent à l’électricité. Les spécialistes comparent régulièrement cette technique à un véritable scanner corporel (CT scan) conçu pour les profondeurs terrestres.
Les révélations des ondes et de la terre

Les modélisations obtenues par ces scans ont offert une radiographie précise du terrain. Dans les trois premiers mètres de profondeur, les images ont révélé une couche constituée de poteries brisées et de divers débris datant des périodes romaine et ptolémaïque, plus récentes dans la chronologie du site.
La véritable surprise est apparue à une profondeur comprise entre trois et six mètres. La technologie a dévoilé la présence d’une structure vaste et bien définie, rattachée à la période saïte, soit il y a environ 2 600 ans. À cette étape de l’analyse, les chercheurs estimaient qu’il pouvait s’agir d’une grande tombe ou d’un sanctuaire.
Pour vérifier les prédictions des capteurs, l’équipe a procédé à une petite excavation de 10 mètres sur 10. Cette fouille ciblée a permis de mettre au jour des murs en briques de boue ainsi que des artefacts religieux, situés à l’emplacement exact indiqué par les instruments géophysiques.
Une nouvelle ère pour la cartographie archéologique

Les auteurs de la découverte ont consigné leurs observations de manière formelle. « Les résultats de cette étude démontrent l’efficacité de la combinaison des mesures géophysiques et des données de télédétection, ce qui a donné une vision très précise dans la détection d’établissements enfouis dans une région complexe », a écrit l’équipe dans sa publication.
Les chercheurs soulignent l’apport technique décisif de leur méthode : « Les algorithmes d’inversion 3D ont été particulièrement efficaces pour délimiter les murs en briques de boue et les structures architecturales enfouis, améliorant considérablement notre compréhension des processus de formation du site. »
Les prochaines étapes sont déjà planifiées. Les auteurs de l’étude prévoient d’élargir ces relevés en mobilisant des équipements de plus grande envergure, capables d’atteindre des niveaux stratigraphiques encore plus profonds et plus anciens. Ils sont convaincus que leur approche intégrée pourra servir à cartographier d’autres sites archéologiques avec une grande précision, et ce, avant même que quiconque n’ait besoin de saisir une pelle.
Selon la source : phys.org